François Hollande rencontre la jeunesse des quartiers populaires à Bondy

François Hollande était à Bondy ce lundi 26 mars pour rencontrer l’équipe du Bondy blog et prononcer un discours à destination des jeunes issus des quartiers populaires. Une quinzaine de militants de la section d’Aubervilliers ont fait le déplacement pour le rencontrer.

Le discours de François Hollande :

Quel accueil ici, à Bondy ! Chère Sylvie, cher Gilbert, chers amis élus, chers citoyens ici rassemblés, je venais au Bondy Blog ce soir et je me suis dit : je vais bien rencontrer la population ! Et vous êtes venus à ma rencontre, presque de façon inopinée, sans avoir besoin d’être convoqués. Vous saviez que j’étais à la Mairie et vous êtes passés ! Parce que vous voulez, dans cette campagne, être utiles. Vous voulez, vous, que ça change au mois de mai ! Et vous avez compris que j’étais le candidat du changement.

Ce changement, vous l’attendez peut-être ici, en Seine-Saint-Denis, plus que partout ailleurs, parce que vous savez que vous avez à la fois des atouts considérables — Claude Bartolone les rappelait : département le plus jeune de France, département où s’installent de grandes entreprises, département où il y a une vitalité, un entrepreneuriat, une capacité de développement — mais aussi un département qui cumule tant de difficultés, tant de précarité, tant de chômage, tant de logements impossibles à trouver, tant de moyens qui sont en défaut en matière de santé, tant d’écoles qui sont attendues comme des lieux d’espérance et qui sont, hélas, parfois des lieux de relégation. Oui, vous attendez de la République qu’elle soit là. Eh bien, vous aurez demain un président qui fera que la République sera pleinement présente dans votre département !

Je ne dis pas qu’ailleurs, c’est plus simple. Et d’ailleurs, soyez conscients que la France traverse aujourd’hui une épreuve, celle d’une crise qui se prolonge, d’une austérité qui est chaque fois plus douloureuse, et ce chômage qui ne cesse de s’élargir, de s’amplifier. J’entendais le candidat sortant ce matin à la radio, il avait un chiffre, je ne sais pas comment il en disposait, c’était celui du chômage, avant même qu’il ne soit publié. Il savait qu’il n’était pas bon… je parle du chiffre ! Et il a eu cette formule — j’ai mis plusieurs minutes avant de la comprendre -, il a annoncé « une baisse tendancielle de l’augmentation du chômage »… Ceux qui avaient une oreille distraite disaient : tiens, c’est une baisse. Ceux qui prolongeaient l’écoute disaient : tiens, c’est une tendance. Mais après, il y avait le mot « augmentation » ! Et nous avons eu la vérification ce soir, hélas.

Au-delà de la courbe, au-delà de la statistique, au-delà de la tendance, je pense à ces hommes et à ces femmes, près de 3 millions dépourvus de toute activité, plus de 4 millions qui sont demandeurs d’emplois. Voilà la réalité, voilà le quinquennat qui s’achève et ce qu’il a produit ! Dois-je avoir la cruauté de rappeler quel était l’engagement du candidat de 2007 qui, en définitive, fut élu ? Il avait dit : moi je demande à être jugé sur les résultats. Et il avait annoncé qu’au terme de son quinquennat, le chômage serait tombé à 5 % de la population active. Et nous sommes à 10 % ! Pour autant, il est candidat pour cinq ans de plus ! Mais la seule question qu’il faut poser aujourd’hui, au moment où les Français vont faire leur choix, c’est : est-ce que vous vivez mieux en 2012 qu’en 2007 ? Est-ce qu’il y a plus ou moins de chômage ? Plus ! Est-ce qu’il y a plus ou moins de pouvoir d’achat ? Moins ! Est-ce qu’il y a plus ou moins d’insécurité ? Plus ! Alors, est-ce que nous voulons continuer encore cinq ans de plus ? Non !

Mais, chers amis, nous ne pouvons pas être simplement dans la dénonciation d’un quinquennat qui s’achève. Nous ne pouvons pas être seulement dans la condamnation d’une présidence qui connaît aujourd’hui ses derniers instants. Nous devons être dans la promesse. Et quelle est-elle, cette promesse, celle que je suis venu ici, devant vous, vous annoncer ? C’est la promesse de la République, c’est la promesse de l’égalité partout, pour tous, c’est la promesse de la justice — justice fiscale, justice sociale, justice territoriale. C’est la promesse de la jeunesse qui doit retrouver toute sa place dans notre République. C’est la promesse de l’espérance, du vivre ensemble, de la capacité que nous aurons les uns et les autres à être des citoyens français, fiers de l’être et capables de redresser notre pays.

Je vous regarde tous, ici, toutes, vous êtes chacune, chacun d’entre vous une chance pour la France, un atout pour la France. Et mon devoir, ma mission, c’est de permettre que notre pays, notre grand pays, retrouve confiance en lui-même, en ses atouts, en ses capacités, en ses forces vives. Nous devons rassembler, réunir, nous devons éviter toute division, toute séparation, toute stigmatisation. Il n’y a pas de différence entre nous, nous sommes tous citoyens français. Je ne regarde pas les origines, les parcours, les couleurs de peau, les religions. Et quand je regarde l’un d’entre vous, l’une d’entre vous, je ne regarde pas une apparence, je regarde une évidence, l’évidence d’être dans la même communauté nationale que moi-même, l’évidence du respect que vous attendez, l’évidence de l’égalité, l’évidence de la conscience d’être dans le même ensemble qui s’appelle une Nation.

Voilà, chers amis, l’enjeu de l’élection, il est important. Mais je ne veux pas ignorer non plus toutes les difficultés qui vous assaillent ici, dans ce département comme dans tant des territoires de France. Quel est mon premier engagement ? Tout faire — je dis bien tout ! — dans le prochain quinquennat pour que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre, pour que la jeunesse qui arrive ait toutes les conditions de sa réussite. Il nous faudra sans doute d’abord redresser le pays, redresser sa croissance. Parce que s’il n’y a pas de production supplémentaire, comment distribuer les richesses, comment créer les emplois ? Et c’est bien là la raison qui fait qu’aujourd’hui, continûment, le chômage s’élève, parce qu’il n’y a pas suffisamment d’activité. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé de renégocier le traité européen, si nous ne voulons pas rester dans un environnement où seule l’austérité serait la perspective.

Au-delà, il y a l’effort qu’il faut faire pour l’éducation et l’école de la République. J’ai plusieurs fois ici même en Seine-Saint-Denis rappelé l’engagement qui est le mien de créer 60 000 postes dans l’Education nationale. Je rappelle que 80 000 postes ont été détruits ces cinq dernières années, et que ce sont souvent les filières qui étaient supposées accueillir les enfants les plus en difficulté, les plus fragiles, qui ont été mises en cause. Je pense notamment aux RASED, aux structures qui permettaient aux enfants des familles les plus en difficulté de trouver un appui. Eh bien, les premières décisions que j’aurai à prendre dès la prochaine rentrée seront justement de mettre les moyens là où ils sont attendus, là où il y a une accumulation de difficultés sociales, familiales, économiques. Nous ferons en sorte aussi d’affecter dans les établissements les plus difficiles les enseignants qui ont le plus d’expérience, et pas ces jeunes professeurs que l’on envoie ici, dans votre département, sans avoir la formation nécessaire pour affronter les difficultés.

Mais j’entends bien aussi l’autre exigence qui m’est rappelée à chaque instant, l’emploi, l’emploi des jeunes notamment. Comment admettre que dans ce département, le chômage des jeunes puisse atteindre 40 % de la population qui a moins de 25 ans ? Nous avons donc le devoir, d’abord, de mettre les emplois-jeunes, les emplois d’avenir, là où ils sont attendus, ici même, dans les quartiers difficiles, de prévoir des clauses d’insertion dans tous les marchés publics pour qu’ici, les emplois soient d’abord pour ceux qui vivent dans vos quartiers, dans vos villes. Que la banque publique d’investissement ait aussi une filiale dans les départements comme les vôtres pour accueillir, accompagner les jeunes chefs d’entreprise qui veulent investir et embaucher. Et puis, que chaque jeune qui vienne d’un quartier, d’un département comme le vôtre puisse être exonéré de cotisations sociales, parce que c’est lui qui doit compter. D’où mon idée de contrat de génération qui permettra à des jeunes d’entrer sur le marché du travail avec un contrat à durée indéterminée, et pas avec cette accumulation de précarité, de « petits boulots », de CDD, d’intérim qui désespèrent.

Je sais aussi combien le logement est une préoccupation quotidienne. Logements qui ne sont pas dignes le plus souvent, logements qui ne sont pas suffisamment nombreux pour accueillir celles et ceux qui en demandent, logements qui sont, hélas, réhabilités avec retard. Et je pense aussi à cette concentration des mêmes problèmes, des mêmes difficultés dans les mêmes quartiers parce qu’il n’y a pas la mixité sociale, parce qu’il n’y a pas la volonté de faire en sorte que la mobilité puisse être la règle — et qu’elle devient donc l’exception.

Et puis, il y a cette discrimination insupportable : discrimination à l’embauche, discrimination au logement, discrimination dans la vie quotidienne. Et puis ce doute qui existe toujours, de savoir si l’on est considéré comme un citoyen comme les autres, si l’on n’est pas en définitive victime d’une forme de relégation, quand ce n’est pas une forme de suspicion. Eh bien non, dans la République que nous voulons, chacune, chacun doit être considéré avec le même respect, avec la même dignité, avec la même considération.

C’est pourquoi je suis aussi attaché à ce que les principes de laïcité soient bien affirmés dans notre République. Je respecte la liberté de conscience, la liberté religieuse, la liberté de culte. Les religions ont leur place, et en même temps nous devons avoir dans l’espace public, dans les règles communes, les mêmes droits et les mêmes devoirs, et respecter à chaque instant les lois de la République.

Là encore, je ne peux pas admettre qu’il y ait eu depuis cinq ans une montée des violences, des trafics, des agressions, et toujours dans les mêmes villes, et toujours dans les mêmes quartiers ; qu’ait été abandonné ce qui était finalement un progrès, la Police de proximité ; qu’il y ait eu aussi la volonté de supprimer des postes de policiers là où ils étaient attendus. Il y a eu 12 000 suppressions de postes de policiers depuis cinq ans. Comment le comprendre ? Je veux rétablir une Police de proximité avec les moyens qui lui permettront d’agir, avec d’autres concours lorsqu’il y a montée des violences. Mais il ne peut pas y avoir de sécurité s’il n’y a pas aussi une confiance qui est donnée, avec les élus, aux associations, à tous ceux qui permettent la prévention, l’accompagnement, le suivi des jeunes.

Alors, chers amis, je veux vous convaincre — mais vous l’êtes sans doute déjà, convaincus — que le changement, ce sera d’abord la capacité que nous aurons à vous donner les moyens de réussir. Vous devez réussir ! Vous êtes une chance pour la France dans votre diversité. Vous êtes une chance pour la France, jeunesse de la Seine-Saint-Denis, jeunesse de France, parce que nous avons besoin de ce renouvellement des générations. Vous êtes une chance parce que vous êtes le fruit de l’histoire, mais en même temps la capacité de bâtir notre avenir ensemble.

Oui, nous sommes à un moment décisif, un mois avant le premier tour. Un mois, un peu moins même. Et donc, je veux vous appeler à la mobilisation, à la participation. Je sais bien ce que certains peuvent ressentir. J’entends, et Sylvie avait raison de le rappeler, ce râle de la résignation, le soupir de la fatalité, l’idée qu’on ne peut rien changer, que c’est trop dur, que le monde est trop violent, que l’Europe est trop divisée, que la France est trop affaiblie et qu’il n’y aurait plus rien à espérer. J’en entends même qui escomptent que la peur puisse être le ressort de leur légitimité ou de leur prétention à poursuivre cinq ans de plus.

Eh bien moi, je veux lutter contre toutes les peurs ! Je veux lutter contre cette peur de l’autre qui nous empoisonne. Je veux lutter contre la peur à l’égard d’une religion dont on pourrait regarder comme une suspicion celles et ceux qui la pratiquent, et qui en ont le droit dans la République française, et qui ne doivent rien craindre pour leur liberté de conviction. Je veux lutter contre la peur qui, à un moment, peut saisir celles et ceux qui doutent de la République. Oui, je veux lutter contre toutes les peurs. Les peurs liées, toujours, au risque du changement, celles et ceux qui se disent : on sait ce que l’on a — oui, on le sait ! — et on ne sait pas ce qu’on aurait — non, mais on va le savoir ! Il y a toujours à un moment, lors d’une élection, cette confrontation entre la peur et l’espoir. Je dois vous donner espoir et vaincre les peurs : espoir dans votre avenir, espoir dans vos forces, espoir dans la République, espoir dans la justice, espoir dans l’égalité ! Espoir qui n’est pas une illusion, qui n’est pas une promesse sans lendemain, qui est simplement l’affirmation d’engagements dans le cadre d’un projet cohérent que nous allons ensemble redresser notre pays dans la justice et en donnant à la jeunesse la place qu’elle attend.

Voilà la démarche qui est la mienne, et j’ai besoin de vous. Je ne vous demande pas votre aide, comme d’autres candidats ! Parce que, qu’est-ce qu’il a fait pour aider les autres, ce candidat ? Moi, je vous demande non pas une aide, je vous demande une action, je vous demande un engagement, je vous demande une confiance, je vous demande une mobilisation, je vous demande une participation !

Dans cette élection, je ne redoute rien. Je sais que le combat sera rude, que rien ne nous sera épargné, qu’il y aura toujours l’usage de tous les arguments qui seraient susceptibles d’atteindre notre crédibilité. Mais ce que je sais, c’est que la menace la plus grande est celle de l’abstention, c’est-à-dire du découragement, du désintérêt, du désœuvrement civique. Je vous appelle donc à lutter contre cette menace en allant chercheur tous ceux, toutes celles qui ont le droit de vote et qui doivent l’exercer. Le changement, il passe par le suffrage. C’est le jour du vote que l’on doit donner à la fois la sanction nécessaire à l’égard du candidat sortant, mais aussi la force nécessaire, indispensable, pour que je puisse être, demain, le prochain président de la République. Et c’est au premier tour — au premier tour ! — que nous devons créer la dynamique. C’est au premier tour que nous devons aller à l’essentiel. Qu’est-ce que nous voulons ? Le changement ! Qu’est-ce que nous voulons ? La victoire. Qu’est-ce que nous voulons ? Nous rassembler. Qu’est-ce que nous voulons ? Effacer le doute. Qu’est-ce que nous voulons ? Permettre à chacune et à chacun d’être fier — oui, fier ! Fier d’être citoyen de la République, fier d’être pleinement français, fier de participer à la plus belle aventure humaine, qui est la conquête de l’égalité, des droits, du progrès social, économique, du redressement de notre pays.

Je veux vous rendre fiers ! Je veux qu’au soir du second tour de l’élection présidentielle, si la victoire nous a été donnée, nous n’ayons pas l’esprit de revanche, nous ne réglions aucun compte, mais que nous soyons rassemblés dans cette belle idée de rendre encore plus grande notre Nation, plus forte notre espérance et plus sublime notre fierté d’être dans le même ensemble, dans la République. Il n’y a pas de plus beau nom que d’être français comme citoyen du monde. Oui, nous sommes français, citoyens dans la République, et je ne veux qu’aucun d’entre vous, aucune d’entre vous puisse se sentir oublié, abandonné, écarté. Parce que nous avons besoin de tous !

Voilà mon message de Bondy, devant vous rassemblés. Je mesure le terrible devoir que j’ai de vous permettre la victoire, et je mesure aussi l’ampleur du soutien que vous m’apportez et qui sera décisif. Je veux vous demander, autant qu’il sera possible, de contribuer à une belle victoire, à une grande journée de fête républicaine. Ensuite, nous aurons beaucoup à faire ensemble, tellement de choses à construire, tellement de liens à resserrer, tellement de projets à bâtir ensemble.

Chers amis, il nous faut réussir, réussir d’abord à gagner, réussir ensuite à convaincre le pays qu’il a un avenir et que vous êtes, vous tous et toutes ici, l’avenir de la France et la plus belle image qui soit de la République rassemblée.

Merci, merci à tous ! Travaillez, travaillez encore ! Nous devons la victoire, nous vous la devons, et vous devez la produire ! Merci à Bondy, merci à la Seine-Saint-Denis, merci à cette espérance qui se lève, et à bientôt pour la victoire !

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